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Retour sur le Messe Chrismale

Retour sur le Messe Chrismale

La messe chrismale a eu lieu mercredi 13 Avril 2022 en la Primatiale Saint Jean Baptiste à 18h.

Chaque année, dans tous les diocèses du monde, les prêtres, les diacres et les fidèles se réunissent autour de leur évêque pour célébrer la messe chrismale. Au cours de celle-ci, l’évêque consacre le Saint Chrême, huile parfumée qui servira toute l’année pour l’onction lors des baptêmes, des confirmations et des ordinations. Deux huiles vont également être bénies : l’huile des catéchumènes pour les célébrations préparatoires au baptême, et l’huile des malades pour le sacrement des malades.

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Messe chrismale 2022

L’Homélie

« Tous avaient les yeux fixés sur lui ». Sur Jésus bien sûr. C’est lui l’envoyé du Père, le Messie que les juifs attendaient.

Il est envoyé pour annoncer les bienfaits de Dieu, pour consoler, délivrer, guérir, bref pour sauver.

Mais Jésus ne vient pas comme un plombier qui vient réparer une fuite et rentre chez lui. Il est consacré, consacré par l’onction.

Jésus est consacré c’est-à-dire qu’il se donne tout entier à son Père pour faire sa volonté : « Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté » (Ps39)

Toute sa vie Jésus va faire la volonté de son père. C’est ainsi qu’il va se donner à nous : « ceci est mon corps livré pour vous » (Lc22, 19) ; c’est ainsi qu’il va remettre sa vie entre les mains de son Père : « en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46).

Les sacrifices de l’ancienne alliance sont caduques car Jésus s’offre lui-même en sacrifice. C’est pourquoi on dit de Jésus qu’il est le grand prêtre de la nouvelle alliance.

Aujourd’hui Jésus n’est plus là en chair et en os, mais il poursuit sa mission à travers son Corps qui est l’Eglise.

Dans l’Eglise, il y a les prêtres, qui ont reçu l’onction du saint chrême le jour de leur ordination. Un prêtre n’est pas Jésus, mais il participe au sacerdoce du Christ. Aujourd’hui, en 2022, les prêtres sont envoyés pour annoncer la bonne nouvelle, pour guérir, consoler, délivrer, réconcilier avec Dieu. C’est pourquoi, dans un instant, ils vont renouveler les promesses de leur ordination.

Mais il faut aller plus loin, car le sacerdoce ne concerne pas que les prêtres. Dans la 2ème lecture, saint Jean nous dit : le Christ « a fait de nous un royaume et des prêtres ». Et dans la prière de consécration du saint chrême que je lirai tout à l’heure, on dit des baptisés qu’ils « participent à la fonction prophétique, sacerdotale et royale du Christ ».

Ça veut dire que tous les baptisés sont prêtres, plus exactement ils participent au sacerdoce du Christ. En fait, il y a deux façons de participer au sacerdoce du Christ : le sacerdoce ministériel (ceux qui ont été ordonnés prêtres) et le sacerdoce commun des fidèles (reçu au baptême). Le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun.

On pourrait se dire : tout ça c’est de la théologie, mais en réalité cela rejoint nos vies concrètes. Essayons de comprendre comment.

J’ai dit que Jésus est consacré et que cela se manifeste par le fait qu’il se donne tout entier.

Un prêtre n’est pas un fonctionnaire, il est appelé à se donner tout entier, à se déposséder de lui-même et à consacrer sa vie tout entière à sa mission.

Mais nous tous qui sommes baptisés, le jour de notre baptême nous avons été consacrés. Que cela signifie-t-il ?

Pour répondre, il faut se souvenir que notre vie est un don de Dieu. Tout vient de Dieu. La création tout entière est un don de Dieu. Mais le but de notre existence, ce n’est pas de profiter un max et de disparaitre : c’est de vivre en Dieu, de partager la vie même de Dieu, de ne faire qu’un avec Dieu !

Oui, ma vie m’a été confiée par Dieu. Et au fond il y a deux solutions : soit je me considère propriétaire de ma vie, et je perdrai tout ; soit je la considère comme un talent à faire fructifier et à remettre entre les mains de Dieu. Et alors elle atteindra sa plénitude en Dieu.

Fondamentalement, le péché c’est de se comporter en propriétaire de sa vie : « ma vie m’appartient. J’en fais ce que je veux et je n’ai de compte à rendre à personne. »

Au contraire, Dieu nous invite à faire de notre vie une offrande. « Seigneur tu m’as donné la vie : je veux faire fructifier ce don pour toi, en faisant ta volonté et en t’offrant ma vie ».

C’est dans ce sens-là que nous sommes tous prêtres : parce que nous avons la capacité d’offrir quelque chose à Dieu.

Mais que pourrions-nous offrir à Dieu pour être sauvés puisque l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit que seul le sacrifice du Christ peut nous sauver ?

La réponse se trouve dans l’eucharistie. A chaque messe, l’unique sacrifice du Christ est rendu présent. Jésus s’offre à son Père et se donne à nous en nourriture. Ce sacrifice est actualisé grâce au prêtre – sans prêtre pas d’eucharistie possible. Mais en tant que fidèles baptisés, nous ne sommes pas des spectateurs passifs : nous déposons au pied de l’autel nos offrandes, ce que nous avons fait de bien pendant la semaine, mais aussi nos difficultés, nos épreuves, nos souffrances… tout ce qui a été supporté en communion avec Jésus. Et plus fondamentalement, nous renouvelons l’offrande de nous-mêmes : « Seigneur ma vie t’appartient, je veux faire ta volonté ».

Et lorsque, à la fin de la prière eucharistique, le prêtre élève la patène et la coupe en disant « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles », nous disons le grand « Amen » : tous ensemble, par les mains du prêtre, nous offrons au Père le sacrifice du Christ ? Et nous nous offrons nous-mêmes.

C’est ainsi que nous sommes un peuple sacerdotal.

Ensuite, si nous sommes prêts (ce ne doit pas être automatique), nous allons communier.

Et à la fin de la messe, nous repartons en étant renouvelés dans notre capacité à vivre une existence eucharistique. C’est-à-dire à la manière de Jésus, en nous donnant en nourriture aux autres, en renonçant à cette manie parfois obsessionnelle de ne penser qu’à nous, pour penser aux autres, pour prendre soin, pour partager, pour consoler, guérir, soutenir, encourager bref pour aimer.

Vous voyez comme les deux sacerdoces sont importants et indissociables. Le sacerdoce ministériel est indispensable, car sans l’eucharistie nos sacrifices ne peuvent monter jusqu’en Dieu. Mais ce sacerdoce ministériel est ordonné au sacerdoce commun, pour que nous devenions tous ensemble un peuple sacerdotal qui devient instrument de salut pour le monde. Quel mystère !

Un mystère qui s’éclaircit lorsque nous regardons Jésus : « tous avaient les yeux fixés sur lui ». « Lui qui nous aime », comme dit saint Jean dans la 2ème lecture. Il n’y a que dans la lumière de l’amour que ce mystère se dévoile. Sans l’amour, cette histoire de sacrifice est incompréhensible.

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture que vous venez d’entendre », dit Jésus. Oui aujourd’hui Jésus est là au milieu de nous, et c’est lui qui nous demande :

« M’aimes-tu ? veux-tu faire de ta vie une offrande d’amour ? Veux-tu m’offrir ta vie ? »

+ Olivier de Germay

Archevêque de Lyon

Droits : Diocèse de Lyon